Série : Droits de l'homme III

 


L’Hommage du bâtonnier du Sénégal au bâtonnier FAVREAU


Discours du bâtonnier Fadilou Diop Avril 1985

Dakar – 19 avril 1985.

 

« Vous avez fait le choix, qu'aucun autre ne peut égaler. »

 

« Monsieur le Bâtonnier FAVREAU,

 

Vous n'avez pas attendu mon appel pour agir.

Sous votre impulsion, le Barreau de Bordeaux a attribué le Premier
Prix International des Droits de l'Homme « Ludovic TRARIEUX »
à Monsieur Nelson MANDELA, ce héros national Sud-Africain.

Quel beau geste et quelle belle détermination !

Le Barreau du Sénégal salue votre choix et l'appuie de toutes ses forces.

En choisissant l'homme « qui a consacré toute sa vie au combat,

« qui a combattu et la domination noire, et la domination blanche,

« qui porte dans son cœur l'idéal d'une société démocratique et libre
dans laquelle tous jouiraient de chances égales et vivraient ensemble harmonieusement »,.

 

Vous avez fait le choix, qu'aucun autre ne peut égaler.

 

A cause de cela, nous vous témoignons toute notre gratitude
et vous exprimons la reconnaissance du peuple sénégalais
si attaché à la libération du Peuple Noir Sud-Africain.

 

Bâtonnier Fadilou DIOP 19 avril 1985

 

« Contre lui, des accusations terrifiantes : communisme - encore ! - terrorisme. »

Bertrand Favreau & Zenani Mandela
27 avril 1985, le bâtonnier Bertrand Favreau remettait à Bordeaux le Premier Prix International des droits de l’homme Ludovic-Trarieux, a créé un an plus tôt, à Zenani Mandela, venue pour le recevoir au nom de son père emprisonné, encore pour plus de cinq années en Afrique du Sud. C’était alors le premier prix qui lui était décerné en France et le premier dans le monde par des confrères avocats.



29 mars 1985 : alors qu'il était détenu à la prison de Pollsmoor, Nelson Mandela a obtenu le premier «Prix International des droits de l'homme Ludovic- Trarieux».

 

 Le 27 avril 1985,  à Bordeaux, dans la salle des Pas-Perdus transformée en majestueuse salle de réception, Bertrand FAVREAU célèbre Nelson MANDELA qui va encore rester détenu pendant cinq années en Afrique du Sud.

L'Ambassade d'Afrique du Sud à Paris a adressé une sévère lettre de protestation pour s’étonner que l’on honore en France, un « communiste » et un « terroriste » lourdement condamné par la justice de son pays.

Ce 27 avril 1985,  Bertrand FAVREAU, le premier, ose célébrer en Mandela ce que l’on a oublié qu’il était :

UN AVOCAT.

 

 

[…]

Pourquoi Nelson Mandela ? Parce que Sud-africain, sans doute. Parce qu'Avocat, plus encore.

Pour nous, depuis longtemps, être Avocat, c'est parfois une vocation. C'est sans doute avoir obtenu l'indispensable viatique universitaire. C'est peut-être aussi et surtout, un supplément d'âme. Mais, pour lui, Nelson Mandela, fils de roi, né à Umtata, entre Durban et East London, élevé au sein des rites et des rythmes égalitaires de la tribu de Tembu, où les anciens racontaient "les histoires du bon vieux temps, avant l'arrivée de l'homme blanc", n’était-ce pas, à l'échelle de la destinée, une toute autre aventure ?

Lorsqu'il retrouve, à seize ans, Olivier Tambo au Fort Hare University College, il a vu sa jeunesse bercée du récit de l'époque où "le peuple vivait en paix sous le règne démocratique des rois, et pouvait se déplacer librement et sans crainte à travers le pays". Lorsqu'il choisit de poursuivre ses études de droit, il doit s'inscrire dans la seule Université d'Afrique du Sud où les Noirs sont alors admis.

Déjà, il s'est prêté à lui-même un serment intangible qu'il livrera plus tard à ses juges : "Je me jurais alors, que parmi tous les trésors à attendre de la vie, je choisirais de servir mon peuple et d'apporter mon humble contribution à sa lutte pour la liberté ". Dès lors que son combat pour la liberté passait par les arcanes du droit, comment son destin n'aurait-il pas été tracé ?

Lauréat de la Faculté de Droit, stagiaire dès 1942 dans un cabinet d'avocats blancs, il allait être le premier avocat noir d'Afrique du Sud et créer son propre cabinet avec son associé, qui deviendrait un frère de lutte Olivier Tambo.

Or, la vie du premier avocat noir de Johannesburg dans les années 45, qu'était-ce ? La confrontation quotidienne avec les avatars impitoyables de la ségrégation raciale, dans son aspect mesquin comme dans sa rigueur législative. Mais plus encore, pour lui, fut-elle avivée par la solitude dans un monde judiciaire exclusivement blanc où il n'était que toléré bien que ses qualités intellectuelles remarquables ne fussent pas en cause.

Il faut entendre Mandela le raconter! La vie quotidienne du cabinet ne l'obligeait-elle pas à dicter son courrier à des secrétaires qui, en ces temps, ne pouvaient être que blanches ? Lorsqu'il accomplissait cette tâche usuelle, et que par hasard un client blanc venait à entrer dans le bureau, il voyait alors la secrétaire se lever, abandonner plume et carnet, se soustraire à la dictée pour cacher son embarras. Plus encore, comme pour se prouver qu'un Noir ne pouvait être son employeur, elle fouillait hâtivement dans son sac à main pour en retirer quelques pièces de monnaie et les tendre à son patron, accompagnées de cette injonction : "Nelson, s'il vous plaît, allez me chercher du shampooing ! "

Au-delà du manque de considération des juges, toujours blancs, plus rigoureuses étaient les mesures qui entravaient son exercice professionnel. Il dira : "J'ai découvert qu'à l'inverse d'un avocat blanc, je ne pouvais occuper des locaux professionnels en ville, à moins d'avoir obtenu l’autorisation du Gouvernement.... je sollicitais donc cette autorisation mais on ne me l'accorda jamais".

Pourtant à force d'obstination, Nelson Mandela parvenait à arracher, non pas une autorisation, au moins des dérogations temporaires pour lui comme pour Olivier Tambo. Lorsqu'elles vinrent à expiration, elles ne furent pas renouvelées. Mandela comme Tambo, étaient invités à quitter la ville et à aller exercer dans une réserve pour Noirs dans le bantoustan correspondant à leur ethnie. Ou, comme il le dira, "dans un coin perdu, beaucoup trop loin pour que nos clients puissent venir nous consulter". Le commentaire amer qui s'ensuit n'est pas sans influer sur la fermeté de sa détermination. Il dit : "Autant nous demander de cesser notre métier, de cesser de rendre service à nos compatriotes, et de perdre le bénéfice de toutes nos années d'études. Aucun avocat digne de ce nom n’y aurait consenti de gaieté de cœur".

" Aucun avocat digne de ce nom... " Or, Mandela, comment ne l'aurions-nous pas déjà compris, était un avocat digne de ce nom : sa vocation déterminait ses engagements. C'était un problème de conscience : "La vie d'un Africain de ce pays est continuellement déchirée par un conflit entre sa conscience et la loi... Ce n'est d'ailleurs point particulier à ce pays. C'est ce qui arrive à tous les hommes de conscience ".

Comment Mandela n'aurait-il pas rencontré le conflit ontologique pour un juriste, serviteur respectueux de la loi par nature, entre sa volonté de liberté et des lois promulguées par et pour une minorité pour empêcher la majorité de faire entendre sa voix. Mandela se retrouvait seul devant la loi.

"

[…]

Mandela lui, n'avait même pas la ressource de devenir juge pour tempérer l'application des lois qu'il trouvait injustes. Un avocat noir n'avait pas le droit de devenir juge.

Dès 1944, comme tous les jeunes intellectuels africains, épris de liberté et de non violence, il était membre de l'African National Congress, fondé par Albert Luthuli en 1912, sur les principes que Ghandi prônait en faveur des indiens d'Afrique du Sud, juste avant son départ de ce pays en 1914, pour la destinée que l'on sait.

Mandela fut tout naturellement à la tête de la "Campagne de défi" à l'encontre des lois injustes. Il en fut même le "volontaire en chef national", organisant les actes d'insoumission à l'encontre de six lois d'apartheid différentes. La réponse ne tarda pas : le Gouvernement institua la peine du fouet, applicable même aux femmes, aux condamnés pour infraction de défi. Nelson Mandela fut déféré devant les Tribunaux, sur le fondement de la loi de suppression du communisme. Condamné à neuf mois de prison avec sursis, il eut cependant la satisfaction de noter que l'écho de sa plaidoirie pour lui-même se retrouvait dans la motivation de la décision, puisque le juge Rumpff y déclarait "que les faits reprochés n'avaient rien à voir avec le communisme"...

Il ne s'agissait là, pourtant, que des prolégomènes. La peine était trop légère. Ce que l'on voulait contre lui c'était la peine la plus infamante : la sanction de ses pairs.

En 1953, la Transvaal Law Society demandait à la Cour Suprême sa radiation du barreau en raison du rôle qu'il avait joué dans la campagne de défi contre les lois injustes considéré comme incompatible avec les devoirs d'un membre honorable du barreau. En vain. La Cour Suprême - et c'est son honneur - affirma que son activité n'était point contraire aux règles de conduite qu'on était en droit d'attendre d'un membre d'une honorable corporation, et qu'il n'avait pas outrepassé ses droits car il n'était en rien déshonorant pour un avocat de s'identifier à son peuple luttant pour l'obtention des droits politiques, "même si ses activités devaient violer les lois du pays".

Mandela était et resterait avocat. Plus encore, désormais sa vocation allait être comme magnifiée. Son destin voulait qu'il ait un client principal à défendre : lui-même. L’ironie du sort faisait qu'il allait exercer son métier autant en qualité d'accusé que d'avocat.

Mais lui savait alors, comme des millions d'hommes et de femmes noirs, qu'aucun cabinet au monde ne pouvait se targuer d'une clientèle aussi nombreuse que celle qu'il appelait "son peuple". Et au-delà, qu'il était saisi par une cliente beaucoup plus exigeante encore : la liberté.

"La loi me voulait coupable, non pas à cause de ce que j'avais fait, mais à cause des idées que je défendais Dans ces conditions, qui s'étonnerait qu'un homme devienne vite un hors-la-loi ? "

Dès lors, les événements se précipitent, les échéances se profilent. 1956: procès de trahison. Il dure cinq ans pendant lesquels Mandela passe ses journées devant le tribunal comme accusé avec cent cinquante-six nationalistes africains, parmi lesquels Albert Luthuli, et ses soirées à son cabinet comme avocat. Lorsque les avocats des accusés ne purent plus assurer leur défense, Mandela prit celle des autres et de lui-même.

[…]

Le procès devait tourner à la confusion des accusateurs. Le verdict prononçant l'acquittement général des accusés interviendra dans le trouble. Un événement plus grave a stupéfié le monde.

Le 21 mars 1960, à Sharpeville, dans le Sud du Transvaal, la Police tirait sept cents fois sur des hommes et des femmes sans armes qui protestaient contre la soumission au "pass", ce laissez-passer qui entrave la liberté de circulation et qu'ils étaient obligés de porter en permanence sur eux, sous peine d'amende, parce qu'ils étaient noirs.

Il y aura soixante-neuf Africains tués, cent soixante-dix-huit blessés parmi les manifestants. Cette fois là, la Police ne parla pas de légitime défense : cent cinquante-cinq des victimes avaient été frappées dans le dos.

Quelques jours plus tard, alors que le bilan exact des morts n'est pas encore établi, l'African National Congress devient une organisation interdite. Mandela est condamné à la clandestinité. Il doit abandonner sa profession, mais il reste avocat : la lutte pour des lois justes continue : "Cela n'a pas été sans peine que je me suis séparé de ma femme et de mes enfants, que j'ai renoncé à la joie de retrouver ma famille autour d'une table à la fin d'une journée de travail à mon cabinet, que j'ai choisi de devenir un homme continuellement traqué par la police, vivant dans mon propre pays loin des êtres qui me sont chers, et devant affronter continuellement les hasards des poursuites et des arrestations".

Arrêté, il le sera, après dix-sept mois de clandestinité. C'est le 5 août 1962. Il a quarante-quatre ans. Il n'a plus connu la liberté depuis. Ses filles, encore enfants, n'auront jamais le souvenir d'un père libre.

Pourtant, il n'en est pas fini de Mandela. Après deux échecs judiciaires, il faudra encore s'y reprendre à deux fois pour tenter de l'anéantir.

Deux procès vont se succéder. Dialogue de l'impossible. Dialectique kafkaïenne exprimée par l'apostrophe déjà lue dans le Procès : "tu vois ça... il reconnaît qu'il ignore la loi et il affirme en même temps qu'il n'est pas coupable".

Mandela lui, n'ignorait pas la loi, il la contestait. Il n'invoquait même pas les lois non écrites. Il n'en appelait qu'aux lois en vigueur dans toutes les démocraties du monde. "Nous croyons, selon les termes de la Déclaration Universelle des droits de l'homme que l'autorité du Gouvernement doit être fondée sur la volonté du peuple".

Contre lui, des accusations terrifiantes : communisme - encore ! - terrorisme. Le raisonnement juridique obéissait le plus souvent aux syllogismes de l'irrationnel : le communiste est pour la loi "celui qui cherche à provoquer le changement politique par des actions illégales". Mandela conteste l'ordre politique actuel, donc il est communiste. Ou encore : la loi définit le terrorisme comme "toute activité susceptible de compromettre le maintien de l'ordre public". Par son action, Mandela en appelle au trouble de l'ordre public, il est donc un terroriste.

Lors du Procès de Pretoria du 22 octobre au 7 novembre 1962, il est condamné à cinq années de travaux forcés pour avoir quitté l'Afrique du Sud sans être muni d'un passeport en règle et pour avoir incité les travailleurs africains à faire grève en mars 1961. Sans doute, la peine était-elle trop légère pour celui qui devenait chaque jour davantage le mythe vivant du peuple africain. Au soir du verdict au sortir de la vieille synagogue transformée en salle d'audience, la foule massée, malgré les interdictions policières, est venue lui crier : " Tshotsholoza Mandela ! " -Continue Mandela ! –

Nul doute qu'il continuerait, cinq ans plus tard lorsqu'il sortirait. Mais Mandela ne doit plus sortir. Aussi, lorsqu'en octobre 1963, un an après sa condamnation, on juge les huit accusés, arrêtés quelques mois plus tôt dans la ferme de Rivonia, allait-on extraire à nouveau Mandela de la Maison Centrale de Pretoria où il purgeait sa peine pour l'adjoindre sur le banc des accusés.

Une loi récente punissait le sabotage de la peine de mort. Et, il est vrai que l'ANC d'après Sharpeville, par la voie de l'Umkhonto we Sizwe, "le fer de lance de la nation", avait choisi d'entrer dans la voie du sabotage après cinquante années de non-violence militante. Albert Luthuli avait reçu le prix Nobel de la Paix mais on tirait sur les noirs dans les homelands. Encore ne s'agissait-il que de sabotage, et non de terrorisme ou de guérilla. Mandela tenait à souligner la distinction, lui qui, détenu depuis quinze mois, n'a ni poudre ni sang sur les mains et qui va poursuivre lors de ce nouveau procès son rôle d'accusé-défenseur.

Sabotage, pour ne pas attenter aux vies humaines, pour empêcher ce qui se dessine dans une partie de la population noire : le spectre de la guerre civile. Pour éviter le bain de sang, dont tous les orages d'Afrique ne pourraient laver le sol de la Patrie, comme l'orage de Sharpeville avait, un soir de mars, lavé le terre-plein sanglant devant le commissariat : "Nous voulions une république démocratique ou soient représentés tous les Sud-africains, où ils puissent jouir de droits égaux, où Africains et non-Africains aient la possibilité de vivre en paix, partageant une nationalité commune et une commune loyauté envers ce pays où nous sommes nés".

Utopique dira-t-on ! Dans la complexité indéniable d'une société multiraciale aussi bien que pluri-ethnique, comment croire à ce régime harmonieux ? Utopie aussi alors que de croire en la non-violence, que de condamner le discours toujours vain, mais "l'utopie", n'est-ce pas, après tout, comme le définissait Malraux "pour chacun, la forme de l'espoir de ses adversaires".

Après un procès de sept mois, le verdict pourtant ne sera pas la mort mais la réclusion perpétuelle. Seule l'émotion soulevée dans le monde par le procès a permis aux accusés d'échapper au châtiment suprême. Même l'Assemblée Générale des Nations Unies a émis une protestation et lancé un appel à la clémence. Par cent six voix contre une. Celle de l'Afrique du Sud. Sur les banderoles déployées à la sortie du Tribunal, ultime vision, les condamnés peuvent lire : "Vous ne subirez pas votre peine tant que nous vivrons".

Transféré au Cap, Nelson Mandela était conduit dans l'île de Robben, le pénitencier des politiques. L'île qui jadis abritait une léproserie et qui semblait ainsi vouée à recevoir ceux qui pour le régime de l'Apartheid n'ont pas la peau comme les autres.

Pour ceux qui douteraient que Mandela ne fût avocat jusqu'au bout, ses plaidoiries témoignent pour lui. Puissantes, d'une seule coulée, mues par une dialectique rigoureuse et contenant tout à la fois l'histoire de l'ANC, le réquisitoire le plus accablant contre la ségrégation en même temps qu'un plaidoyer en faveur de la fraternité des races. Elles restent des morceaux admirables et parfois déchirants. Imprimées, brochées, traduites en toutes les langues, elles devaient faire le tour du monde. Sur la couverture, elles portaient un simple titre : l'Apartbeid.

De son île, par sa seule existence, Mandela allait continuer de défier le pouvoir en place. Il allait devenir le prisonnier le plus encombrant qu'un régime ait jamais connu.

Il a reçu les plus hauts et les plus solennels hommages. Dans le monde entier, des rues, des places portent son nom. Docteur honoris causa de nombreuses universités américaines ou britanniques, citoyen d'honneur de Glasgow et de Rome, couvert de distinctions et de prix, Nelson Mandela n'a pourtant jamais été célébré pour ce qu'il est avant tout jusqu'au plus profond de lui-même : un avocat. Et pourtant, qui fut plus avocat que lui ? [...] "

 

Bertrand FAVREAU *

 

*(Extrait de « Derrière la cause isolée d’un homme, Tome I, Editions de la Presqu’île 1996)

 

Fac simile d'une lettre de W. Mandela à Bertrand Favreau. Septembre 1986
Fac simile d'une lettre de W. Mandela à Bertrand Favreau. Septembre 1986.